Le marché du vin bio français en pleine mutation

En cinq ans, les conversions au bio ont triplé dans les vignobles français, portant le marché de la pénurie à l’abondance. Au point d’inquiéter les producteurs, qui redoutent une baisse des cours quand les coûts de production, eux, restent élevés.

La France comptait fin 2012 quelque 65.000 hectares de vignes cultivées en biologique (dont les deux tiers certifiés, le reste étant encore en phase de conversion), soit 8,2 % du vignoble national, à comparer aux 3,8% pour l’agriculture française, selon l’Agence Bio, plateforme (publique) de promotion de l’agriculture biologique.

«En bio, c’est le secteur qui s’est développé le plus vite», indique sa présidente Elisabeth Mercier. Interrogés, les viticulteurs ont cité «le souci de leur propre santé, celui de l’environnement, en particulier des sols et de l’eau, et aussi une préoccupation économique, s’adapter dans un contexte difficile pour répondre à une demande croissante de la société».

Car la vigne est, selon l’INRA, la deuxième culture la plus traitée (six à 20 traitements par an) après la pomme. Une étude publiée cette semaine par le magazine «Que Choisir» fait apparaître des résidus, minimes, de pesticides dans les 92 vins testés.

Depuis le 1er août 2012, l’entrée en vigueur de la Charte européenne du vin bio encadre avec plus de rigueur encore que la charte nationale de 1992 les conditions de culture et de vinification: de la vigne à la bouteille, tout est 100% «certifié bio».

«Plus question d’écrire sur l’étiquette vin issu de l’agriculture biologique comme avant», relève Richard Doughty, vigneron d’origine britannique installé en Dordogne en 1988, bio depuis 1991.

Ce gentleman viticulteur préside France Vin Bio, l’ex-Fédération interprofessionnelle des vins de l’agriculture biologique (FNIVAB), qui entend organiser la filière jusqu’à la commercialisation au moment où l’ampleur des volumes ouvre de nouveaux marchés. «Mais à condition de structurer l’offre», nuance-t-il.

Beaucoup de main d’oeuvre
La production 2012, estimée à 1 million d’hectolitres, atteindra 1,4 million cette année pour doubler en 2015. Les viticulteurs indépendants ont été rejoints par des coopératives converties elles aussi au bio et qui représentent aujourd’hui 20% environ des volumes.

L’inquiétude commence à poindre sur les capacités du marché à absorber ces volumes. Et surtout, avec le développement de l’offre sont arrivés de nouveaux négociants venus du conventionnel, y compris en vrac. «Maintenir un niveau de prix suffisant est un enjeu majeur pour l’avenir des exploitations» pour France Vin Bio, qui représente la moitié environ des vignerons bio. Sa première tâche sera d’établir des indicateurs de référence, après étude des coûts de production, pour fixer un «prix rémunérateur» aux producteurs. Car produire en bio exige beaucoup de main d’œuvre: 3,5 emplois plein temps/hectare en moyenne, contre 1,8 en conventionnel.

«Dans notre cave, on est confronté à une augmentation des volumes, sans avoir forcément le marché qui suit», note Gilles Ferlanda, président de la cave coopérative des Coteaux de Vizan (Vaucluse), également président de la Commission des vins bio de la Confédération des coopératives vinicoles de France.

«On passe d’une situation de pénurie à une situation d’abondance, sans avoir eu le temps de créer le marché. D’ici deux à trois ans ça va s’équilibrer», assure-t-il. «On le voit bien en Côtes du Rhône cette année: on a reçu un appel d’offres de Suède sur 5.000 hectolitres. C’est nouveau. Avant on n’aurait pas pu les alimenter».

Simplement, poursuit-il, «avant le vin bio se vendait près du double du conventionnel et ça, ça n’existera plus. Mais il faut qu’on puisse compter sur une valorisation de 30% à 40% sinon, ça va être compliqué en terme de rentabilité».

Gilles Ferlanda est l’un des 15 viticulteurs (sur 150) de sa coopérative à être passé en bio en 2007. Aujourd’hui, ils réalisent 15% des volumes (6.000 hectolitres). Au premier jour des vendanges, vendredi, il anticipe une «petite, très petite récolte, mais la qualité est là», dit-il. Ce qui devrait résoudre les difficultés d’écoulement pour ce millésime. Mais à l’avenir, il n’exclut pas qu’il puisse y avoir quelques conversions à l’envers.

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