Sans gluten, végétarisme, détox, locavore: la folie des régimes

Longtemps marginaux, les adeptes d’une nourriture à la carte -sans gluten, sans viande, etc.- sont désormais tendance. Ces tribus alimentaires reflètent les préoccupations et les angoisses de l’époque. Un peu trop?

Entre la poire et le fromage, Bruno a un truc infaillible pour relancer l’ambiance d’un dîner un peu rasoir: faire bifurquer la conversation vers les régimes. « Essayez, vous verrez, tout le monde a quelque chose à dire sur le sujet! » s’amuse ce fringant sexagénaire, historien reconnu, marié à une diététicienne. A partir de là, sa femme, assaillie de questions par l’inconditionnel de l’alimentationsans gluten, le pourfendeur des plateaux charcuterie ou le flippé des additifs chimiques, devient le centre d’attraction de la soirée.

C’est bel et bien l’obsession de l’époque. Impossible d’allumer la télévision, d’ouvrir un journal, de surfer sur Internet, de consulter sa messagerie électronique sans être submergé de conseils pour -au choix- perdre du ventre, retrouver la tignasse de ses 20 ans, déjouer le cancer, cultiver ses neurones, mieux dormir, échapper au lifting… Tout cela grâce à une alimentation ad hoc. Car, aujourd’hui, l’expression « être à la diète » ne renvoie plus au seul contrôle de l’aiguille sur la balance, mais renoue avec l’étymologie beaucoup plus large du mot grec dieta, règle de vie. Déjà, en 2008, seul un tiers des régimes suivis par les Français avait pour unique objectif la perte de poids. « Les régimes ont investi bien d’autres champs que celui de l’esthétique et puisent leur légitimité dans des domaines aussi différents que la santé, le bien-être, mais encore l’éthique, la morale ou le religieux », confirme le sociologue Claude Fischler, qui a dirigé l’ouvrage collectif Les Alimentations particulières. Mangerons-nous encore ensemble demain? (Odile Jacob).

Végétarisme, sans gluten et sans lactose
Le végétarisme, par exemple: s’il ne compte que 3% d’amateurs dans la population française, il suscite un intérêt croissant au-delà du cercle traditionnel des défenseurs de la cause animale et des militants écolo, comme l’atteste le score très honorable, vu la conjoncture, du livre d’Aymeric Caron No Steak (Fayard) -10 500 exemplaires vendus. Comme le prouve aussi l’écho du mouvement peoplebobo du « vegan » (pas de chair animale, de laitages, d’oeufs ou de miel), maintenant l’objet de colloques, tel celui organisé au Sénat par Chantal Jouanno en février. Dans le même esprit, la confrérie des « flexivores », à mi-chemin des amoureux de la bidoche et des fondus de la graine germée, a fait récemment son entrée aux côtés des crudivores (le « tout cru » bio), des locavores (consommation exclusive de produits locaux) et des adeptes du jeûne périodique.

Au sein de la nébuleuse toujours plus vaste des tribus alimentaires, les partisans du « sans gluten » et du « sans lactose » sont, de loin, les plus nombreux. Témoin Elyane Lèbre, ancienne journaliste au magazine Elle, devenue coach en « diététique anti-âge ». « Mes clientes ne sont pas toutes des femmes mûres. Beaucoup de jeunes filles, âgées d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années, viennent chercher auprès de moi des recettes, des conseils et des astuces pour cuisiner sans utiliser de pain ou de lait industriels.Avec, à la clef, jure-t-elle, une amélioration du sommeil, une meilleure digestion et un regain d’énergie. » Comme Elyane, près d’un quart des Français (20 %) douteraient de la qualité du lait, selon une étude Ifop pour le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière, réalisée en mars 2010.

La quête du « manger sain »

Naguère symbole de pureté, notre « ami pour la vie », comme le chantonnait la pub, est souvent rendu responsable de toute une série de pathologies plus ou moins graves: otite, rhumatismes, diabète, sclérose en plaques, autisme, cancers… Résultat: une baisse de la consommation de 20% ces dix dernières années! Et la filière de protester à grands coups de campagnes de communication. Au rayon minceur, des méthodes aux noms de code dignes d’un jeu de stratégie militaire viennent au secours des croisés de la balance: le régime « 2-4-7″ (deux repas, quatre collations, sept jours), par exemple, sujet du dernier ouvrage (Maigrir avec la méthode 2-4-7, Odile Jacob) du nutritionniste Jacques Fricker, qui tient compte du rythme de vie de chacun; ou encore le « 5-2″ (cinq jours de plaisir, deux jours de jeûne), arrivé de Grande-Bretagne au printemps 2013.

Qu’ils fuient le lactose ou la chair animale, tous ces fanas de l’alimentation saine et ultraéquilibrée traquent le même Graal: le « manger sain ». Un idéal qui peut les conduire à soupeser, analyser et disséquer le contenu de leurs assiettes avant même d’attaquer la première bouchée, les citadines à hauts revenus étant les plus enclines à succomber à la tentation de l’hypercontrôle. Au pays de Rabelais et de la bonne bouffe, alors que le repas gastronomique des Français a été érigé au rang de trésor du patrimoine de l’humanité par l’Unesco, comment en est-on arrivé là? Pourquoi le souci légitime d’une alimentation saine a-t-il pris une place si obsessionnelle dans nos vies? Chacun dans sa spécialité -la haute cuisine, pour l’un, la santé, pour l’autre- le chef étoilé Alain Ducasse et le psychiatre Gérard Apfeldorfer, spécialiste des comportements alimentaires depuis trente ans, mettent en garde contre les effets pervers de cette folie des régimes sur la convivialité ou la prise de poids.

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Source LExpress.fr

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