La transmission est un métier ou comment se moquer des émissions de Top Chef et Masterchef

Magic kitchen

D’un pas décidé, le Top Chef, le Masterchef, le demi-dieu cathodique avance au ralenti ; et un pas décidé au ralenti donne au pas l’air encore plus décidé, surtout quand celui que le pas met en branle avance dans son habit immaculé, ceint d’un tablier blanc, bandana noué à la pirate autour du crâne, regard pénétrant. Un simple piercing dans le nez nous informe qu’il a réglé son œdipe avec Maïté la Landaise, vous savez celle qui assommait les anguilles à la télé à grand coup de gourdin. Lui est glamour, elle… passons. Le piercing scintille telle une étoile. Face caméra, devant les yeux énamourés de Natacha, l’Usain Bolt de l’économe fixe le chronomètre. Le cœur de Natacha palpite.

Magic kitchenLe départ est donné. L’enchanteur entame une chorégraphie dont la frénésie le dispute à l’agilité avec laquelle il émince les légumes, jongle avec les tomates qu’il découpe en dés. Membre du jury, un premier chef confirmé (chauve de préférence) observe par-dessus son épaule, prêt à dégainer sa fameuse moue d’insatisfaction. Mais, non ! D’erreur il n’y aura pas. Un descendant d’Apollon ne saurait être troublé par Monsieur Propre. La langue de Natacha glisse sur ses lèvres. Le démiurge alchimiste hache persil et ciboulette, incorpore les herbes dans la mayonnaise tout juste montée, poêle le saumon à l’huile d’olive, dresse un plat parsemé d’une ultime peluche de cerfeuil déposée à la dernière seconde et lève les bras vers le ciel son royaume. Ses yeux fixent ceux de Natacha qui brillent devant tant de sensualité. Juste un écran entre eux. Une goutte de sueur perle sur le front de l’énamourée. L’aphrodisiaque enchanteur, lui, n’a pas sué : c’est un maître queux, un demi-dieu, je viens de vous le dire. Même le second chef du jury, celui qui ne rate aucune occasion d’ouvrir son bec pour laisser s’épanouir un accent du Sud-ouest apte à pétrifier sur le champ un végétalien manifestant contre le gavage des oies, en reste coi. D’un regard en coin, Dimitri voit bien les lèvres humides et offertes de sa femme tout aussi coite. Le regard devient moins en coin. Il la regarde franchement, elle le sent, tourne la tête un instant, le regarde la regarder mais recadre vers son fantasme audiovisuel. Dieu qu’il est craquant ! Incapable de cuire ne serait-ce qu’un œuf, l’époux ne saurait rivaliser, donc capitule, embarque sa bière et quitte la pièce. Natacha s’en fout, en proie à une pulsion qui l’amènera, dès le lendemain, à s’offrir la mandoline vantée dans une pub par son Eros culinaire lui-même. L’emballage, elle le conservera, l’image de la télégénique idole y est apposée et sa religion vénère les icônes.

Les ingrédients disposés autour d’elle avec la méticulosité que…

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par Olivier Bénazet
(Source Atabula.com)

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