Anselme Selosse, légende de la Champagne vigneronne : «On ne peut pas proposer mieux que la nature»

En 1974, Anselme Selosse vendait ses cuvées 23 francs sur les marchés. Une paille, lorsque l’on sait que ses bouteilles s’arrachent aujourd’hui à prix d’or, et que ses champagnes figurent parmi les plus convoités du marché.

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Avant de devenir le vigneron champenois le plus adulé au monde, Anselme Selosse a longtemps été considéré par ses pairs comme un véritable illuminé, dont la philosophie restera de nombreuses années en marge des pratiques en vogue au sein de l’une des régions viticoles les plus conservatrices de l’hexagone.

Désormais reconnu comme une source d’inspiration majeure pour toute une nouvelle génération de vignerons, il a su rester au fil des ans un homme plutôt discret, préférant la sobriété de sa cave au faste des salons. Ainsi, malgré une réputation aujourd’hui mondiale et une somme de connaissances quasi-encyclopédique, notre rencontre aura révélé un personnage extrêmement sensible, dont l’érudition mêlée à un certain art de la digression témoignent d’une fragilité éminemment touchante. Alors que son fils Guillaume assure la relève depuis 2007, nous sommes allés jusqu’à Avize, village discret de la bucolique Côte des Blancs, où s’étendent un peu plus de huit hectares de vignes, afin d’interroger en personne ce monstre sacré d’une Champagne qui poursuit lentement sa mue.

Si l’on devait en revenir aux fondements de la philosophie du domaine, j’aimerais savoir comment vous en êtes arrivé à faire le choix de l’agrobiologie dans les années 1990, puis de la biodynamie, dans un vignoble autrefois très conservateur sur le sujet, et comment a été perçu ce choix à l’époque.

Anselme SELOSSE. – Plusieurs voies m’ont mené vers cette philosophie, à commencer par la volonté de ne pas faire la même chose que mes voisins. Paradoxalement, être seul représentait pour moi une forme de sécurité. Puis, il y a eu les lectures, dont celle du biologiste Jean-Marie Pelt sur la sociabilité des plantes. Vincent Leflaive et Claude Bourguignon ont aussi été de grandes rencontres. Sans oublier La révolution d’un seul brin de paille, de Masanohu Fukuoka, qui m’a permis de comprendre que la différence entre une religion en Occident et la philosophie en Orient réside dans la capacité à répondre différemment. Pour moi, il faut toujours aller plus loin que la sensation. Tous ces penseurs ont été des gens qui s’interrogeaient véritablement sur les méthodes de culture, avec une vision transversale, et cela m’a donné envie d’explorer ces questions-là en profondeur.

Pourquoi s’être ensuite éloigné de la biodynamie au début des années 2000 pour aller vers la permaculture ?

Mes parents ont quitté le domaine en 1974, mais j’ai attendu 1996 pour me lancer dans l’aventure Demeter, accompagné par un conseiller, mais je n’ai pas été convaincu, il y avait là une forme de rigidité qui ne me convenait pas. Je pense que nous avons tort de considérer que l’homme va rendre la nature plus belle qu’elle ne l’est déjà. Notre rôle est au contraire de montrer cette beauté, et je me mets davantage dans la peau d’un obstétricien que dans celle d’un chirurgien esthétique.

Pourquoi refuser toute labellisation ?

Les cahiers des charges sont devenus une religion. La nature ne peut pas être traitée de cette façon-là. Les Méditerranéens ont bien intégré cela, et certains considèrent à tort qu’il s’agit là de fainéantise, or c’est selon moi une forme d’humilité.

Comment évolue le vignoble champenois aujourd’hui ?

Je pense que cette pensée est désormais entendue, mais nous sommes encore loin de la Méditerranée ! Aujourd’hui, comment donner envie aux jeunes Champenois de se lancer dans une profession qui reste très administrée ? On fait fuir les talents, or la Champagne en a besoin. Toutefois, si je veux être juste, je dois reconnaître que nous n’avons jamais eu autant de talents qu’actuellement en Champagne.

Après avoir passé de longues années dans l’ombre, vos champagnes font aujourd’hui l’objet d’un engouement sans précédent.

C’est vrai. Pendant 25 ans, vous n’existez pas, et d’un coup, c’est la lumière. Je me suis senti comme une sorte d’usurpateur, et l’on m’a diagnostiqué un syndrome de…

La suite de l’entretien du Figaro.fr avec Anselme Selosse est à lire en suivant ce lien, ici.

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